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« Tierra del Fuego » : des nouvelles du bout du monde

on vous fait voyager

La Terre de Feu vous connaissez ? C’est cet endroit, rude, reculé, hostile et sauvage, que peu d’hommes ont la chance d’avoir traversé et qu’encore moins d’hommes habitent. Cette terre mythique, objet de tous les fantasmes des voyageurs, a son écrivain attitré : Francisco Coloane, grand nom de la littérature chilienne. Colosse au parcours peu académique, il n’est pas sans faire penser à un illustre prédécesseur nord-américain dont on a déjà parlé ici : Jack London. Les deux hommes partagent le goût de l’aventure et une plume qui n’a rien à envier aux meilleurs stylistes. Les deux ont également connu les joies de la condescendance du milieu littéraire de leur époque, plus ou moins les mêmes qui les célèbrent aujourd’hui.

Coloane avant Graham Bell

Tierra del Fuego est un recueil de nouvelles qu’on ne peut pas seulement qualifier d’aventures. Le genre en lui-même n’a rien de méprisable mais il y a quelque chose en plus dans les textes de Coloane. Si la description de paysages grandioses est présente dans certaines histoires, dans d’autres, le décor est seulement évoqué pour laisser la place à l’intrigue. Il n’empêche qu’on sent néanmoins chez chaque personnage l’influence décisive de la majesté et de l’hostilité du cadre de vie. La première nouvelle épouse les codes du western avec ses grands espaces solitaires, ses antagonismes entre ennemis implacables et son goût immodéré pour l’or. Chaque nouvelle a beau être distincte, ce début plante le décor où défileront des histoires et des hommes.

Y a quelqu’un ?

Coloane aime sa terre dont il sait décrire la beauté autant que la dureté. Il excelle aussi dans la description des mœurs de ses habitants ou de ses voyageurs en transit. Dans ces endroits reculés, la justice des hommes n’est plus tout à fait la même, les sentiments sont exacerbés, les caractères mis à nu et la violence est souvent le seul moyen de s’en sortir. Certains luttent, certains échouent, la majorité s’ingénie à tenir debout sur un fil instable entre la morale et la nécessité. Pourtant, rien de lourd ni de pontifiant dans les histoires de l’auteur. Au contraire, il se délecte avec son lecteur du spectacle pathétique ou burlesque de ses hommes qui voudraient bien vivre avec la même simplicité et la même évidence que les paysages sublimes qui l’entourent.

Paysage de l’île Riesco, infesté de touristes !

Vous croiserez des marins bourrés plus ou moins assassins, des voleurs de chèvres sentimentaux, des jeunes premiers imbéciles humiliés par des ogres locaux pas moins stupides et de nombreux autres gens de ce grand Sud, farouches et solitaires, qui n’ont pas du tout dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors comme le chante bêtement Enrico. Pas d’héroïsme ni de sentimentalisme dans le livre de Coloane, l’homme est décrit comme il est : quelquefois bon, souvent mauvais, toujours fascinant. Tierra del Fuego ne vous coûtera pas un billet d’avion mais il vous fera voyager.

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