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Des nouvelles des meilleurs rappeurs de leur génération

et de celle d’après aussi !

Dites bonjour à Hya-Hya !

Quoi ? Vous connaissez pas encore DFHDGB (Google va vous expliquer) ? Deux rappeurs et un beatmaker parisiens tout ce qu’il y a de plus banal. Signes distinctifs ? Des textes, des prods et une puissance d’évocation qui viennent du futur, c’est tout. 

DFHDGB
Ce genre de dégaines, ce genre de décor

Après nous avoir affolés avec des mixtapes impeccables où le fonds et la forme enfantaient de morceaux joliment monstrueux, les larrons sont de retour dans leurs plus beaux habits de lumière, sombres, très sombres, comme il se doit.

On commence par Hyacinthe parce que ses nouvelles sont rares et peu fiables. Peut-être le plus flingué de la bande, ce n’est pas un mince compliment, le plus rimbaldien, le plus insaisissable. Hyacinthe a cette tronche incroyable a priori aussi hip hop que celle de votre petite sœur. Et pourtant, dès qu’il commence à poser, c’est une évidence. Le flow est là, bossé on n’imagine pas combien d’heures seul devant le miroir où Hya-Hya a dû passer un paquet de temps pour décrire aussi bien ses cicatrices. Les images qu’évoquent ses paroles, pour un peu qu’on arrive à passer le premier degré violent et provocateur, sidèrent par leur beauté. Aucun doute, on est en face d’un type qui maîtrise la langue française et qui en fait ce qu’il veut. Une preuve ? Prenez ça : « les belliqueux ont dérivé vers les petits fleuves où s’arrachent les langues que les liqueurs ont déliées ». Et il y en a tellement d’autres !

Il revient avec un morceau abrasif et écorché dont il a le secret  et nous gratifie d’un clip à l’esthétique soignée, signe, souhaitons-le d’un album ou d’une mixtape à venir.

Quand j’ai découvert les deux rappeurs, Hyacinthe était de loin mon préféré, je ne serai plus aussi catégorique aujourd’hui. Parce que L.O.A.S., l’autre entité microphonique de DFHDGB, ne déçoit jamais tout en évoluant constamment. Plus productif que le premier, pas moins torturé, il vient de sortir son premier ou deuxième album (je ne sais pas s’il faut considérer le premier NDMA comme un album ou une mixtape), Tout me fait rire titre férocement ironique tellement l’homme n’a jamais semblé aussi énervé et triste à la fois. Fini la légèreté, hormis le virevoltant et tubesque « VLV », que je vous conseille d’écouter à la salle ou en courant, L.O.A.S. nous livre une chronique sombre de son quotidien sans soleil. Les thèmes sont noirs et mélancoliques : la mort d’un ami, la vacuité de notre époque et de ses contemporains, la folie, la drogue, l’amour fou (au sens propre), la dépression. Vous êtes encore là ? Vous faites bien ! Je précise qu’il s’agit de ma lecture, on peut aussi y voir un simple égotrip pas trop mal écrit. 

Plusieurs titres font la force de cet album : l’étrange « Carcosa » qui feint la légèreté, mais qui masque à peine son angoisse existentielle ; « La lune » sorte de Papaoutai à l’envers, où le rappeur dresse un art de la paternité très personnel ; « Vieux frères » en featuring avec Hyacinthe, tombeau pour un ami disparu dont la perte hante le rappeur et où Hyacinthe accompagne la tristesse de son ami avec une pudeur inédite ; et enfin « Flingue en porcelaine » au clip qui s’amuse à rejouer le mythe de Pygmalion. Ça fait un paquet de bons titres pour un seul album.

Un mot sur le discret Krampf qui gère les prods : du travail d’orfèvre en fusion parfaite avec le style très incisif des deux rappeurs. Et derrière le premier abord bas du front et violent, tendez l’oreille, vous découvrirez un vrai sens de la dramaturgie.

Quand j’ai découvert DFHDGB, j’étais curieux de voir comment ces types pourraient évoluer, s’ils continueraient comme ils le faisaient, si le jeu ne sonnerait pas faux au bout d’un moment et s’ils seraient en mesure de se renouveler. Ces questions je ne me les pose plus. Ces gars-là font partie de mon paysage sonore et le futur se fera avec eux.

Sinon, j’y vais pas !

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